Prêt : diversification, évolution, numérisation ?

13.12.2018 07:09 theke
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  • La -thèque est en tension. Il lui est régulièrement demandé à moyens constants (ou moindres, en période de baisse des dotations publiques) d'en faire toujours (un peu) plus. Entre les volontés des élus et les attentes des publics, difficile pour le responsable du service de lecture publique de savoir où positionner le curseur pour remplir au mieux les missions qui lui incombent. De plus, le numérique est venu, depuis plusieurs années, jouer le trublion pour rendre plus accessibles et plus souples les services proposés, tout en révélant - souvent à rebours - l'inévitable transition des usages. Mais au-delà des facteurs extérieurs, la -thèque est en tension avec elle-même : sa disparité augmente, ses inégalités se creusent. Lister l'ensemble des facteurs induisant une disparité des moyens (et donc des politiques publiques pouvant être mises en œuvre) s'avère assez complexe. Cependant, si au global, le service tend à la hausse, de nombreuses -thèques ne peuvent prétendre à de telles avancées. C'est au travers d'un service aussi historique : celui du prêt, que cette tension est peut-être amenée à paraître de plus en plus évidente.



    Bonjour, je souhaite emprunter ces livres ...

    Commençons par le prêt historique. Ce prêt physique se passe au bureau de prêt. L'usager, le lecteur, vient présenter sa carte et les documents qu'il aimerait emprunter. Avec le temps, les petites fiches ont disparues, laissant place aux bips des scanners de code-barres, puis des platines de lecture de puces RFID, sans parler de la diversification des supports : cd, dvd, etc. Cette configuration humaine du prêt est toujours en place dans la quasi-totalité des -thèques. Nombre de -thécaires y sont très attachés avec une aspiration pour le moins sociale (voir humaniste pour les plus engagés). Pour une partie des -thécaires, leurs perceptions des autres modes de prêt revêtent une dimension qui est en partie déshumanisante.



    Pour commencer, touchez le bouton PRÊT

    Dans une volonté d'étendre le service de prêt, d'en élargir la capacité et les horaires, certaines -thèques ont choisi de proposer le prêt des documents à travers des automates (ou assistants) de prêt dans les murs ou hors les murs, en libre-accès ou plus largement par des boîtes de retours automatiques en dehors des horaires d'ouvertures. Dans les murs, les automates ont pour but de rendre plus fluide la transaction des documents pour les -thécaires les plus optimistes, ou de limiter les recrutements d'effectifs pour les moins convaincus. Hors les murs, ces distributeurs viennent offrir un vrai service afin de permettre aux usagers d'emprunter (ou de restituer des documents) à des heures où la -thèque est fermée. La capacité des containers étant limitée, il serait possible d'aller plus loin en permettant aux usagers de consulter à distance la liste des titres empruntables ou le nombres de places encore disponibles dans chaque automate de retour pour éviter les déplacements inutiles. Quoi qu'il en soit, ce prêt ne peut venir qu'en complément du prêt traditionnel car les limites sont nombreuses, avec par exemple l'impossibilité de vérifier l'état physique du document à son retour et notamment des éléments servant à sa transaction (code-barres ou puce RFID).



    Cliquez sur ACCEDER AU DOCUMENT pour télécharger votre prêt

    Le prêt numérique est le dernier arrivé. Il est plus en vogue sous l'acronyme PNB dont les attentes sont grandes, à bien des égards, depuis qu'il se déploie plus largement en France. Il ancre véritablement la -thèque dans la transition numérique des usages. A contrario du prêt physique, le -thécaire peut sembler moins impliqué. Dans la pratique, la principale sollicitation du -thécaire tient à la médiation et/ou à la démonstration de l'emprunt. Les compétences attendues sont plus pointues pour expliquer, aux usagers les moins à l'aise avec le numérique, les démarches à suivre et leur permettre de bénéficier du service. Plus récemment, le prêt numérique d'autres objets culturels s'étend sous d'autres formes et dans des conditions diverses. Par exemple, via le Wi-Fi de la -thèque, une offre de presse numérique peut-être mise en place, les titres téléchargés restant disponibles quelques jours.

    Il conviendra en temps voulu de repenser le terme de "prêt" dans cet environnement. Dans les faits, il s'agit plus de "jetons", de "crédits", d'unités de valeur utilisées par les usagers venant épuiser un stock limité dans un environnement numérique contraint (celui d'Adobe en l'occurence), tentant de reproduire le modèle du prêt. Ces jetons permettent l'accès à un document plus qu'ils n'octroient un véritable prêt. Si un livre papier emprunté peut-être à son tour très aisément prêté à un autre usager (non sans engendrer de retard), actuellement, un "prêt" numérique ne permet pas le même degré de liberté. Le terme d'"accès numérique" semblerait plus approprié. Le potentiel du numérique (les possibilités qu'il offre) a contraint les acteurs du livre à penser un système qui viendrait reproduire le prêt physique mais force est de constater qu'il est loin de l'égaler. C'est dans ce contexte que le laboratoire internationnal de développement EDRlab, avec Redium LCP, suscite quelques espoirs.


    Si ce panorama pouvait en rester-là, tabler sur une simple appropriation des usages au fil du temps et des générations serait déjà ambitieux. Seulement, les seuils techniques déjà atteints et les perspectives numériques, laissent entrevoir au loin, l'arrivée de possibilités complémentaires, supplémentaires, venant élargir l'offre de services.



    Empruntez vous-même via notre application

    Les premières applications pointent le bout de leur nez. Les -thèques tentent de rattraper ainsi un retard vieux d'une dizaine d'années. Mais ces applications sont encore loin de pouvoir offrir les services auxquels elles pourront prétendre. Le prêt NFC pourrait faire son apparition dans les prochaines années pour élargir les modalités de transaction des documents aux terminaux des usagers. La technologie NFC ou plutôt CCP, comprenez "Communication en Champ Proche", est compatible avec la technologie RFID choisie par de nombreuses -thèques pour permettre le prêt via les automates. Depuis plusieurs années, de nombreux smartphones sont équipés par défaut d'une puce NFC. Cette puce NFC permet d'effectuer des transactions d'un très grand nombre de données en rapprochant physiquement deux terminaux compatibles. Un smartphone peut ainsi devenir :


    • Une carte bancaire et permettre le paiement sans contact,
    • Un titre de transport et permettre de valider ton titre sur des bornes à l'entrée dans un bus, un tramway ou aux portiques du métro,
    • Une clé de chambre d'hôtel et ouvrir la porte de la chambre,
    • Un billet pour un concert, un spectacle, un match, une entrée au musée,

    et pourquoi pas :

    • Un automate de prêts et de retours de documents en bibliothèque.

    En combinant plusieurs paramètres, tel un smartphone équipé d'une puce NFC, disposant d'une application dédiée (par exemple celle de la -thèque), étant connectée au Wi-Fi de la -thèque (et, en complément, géolocalisée dans les murs de la -thèque), pourrait proposer un service de prêt de documents. L'application serait en mesure de reconnaitre à la fois : la connexion du smartphone à l'adresse IP du Wi-Fi de la -thèque et la localisation géographique du smartphone, débloquant ainsi une fonction désactivée le reste du temps : celle d'automate de prêt et de retour. Après s'être identifié sur l'application, il serait possible d'utiliser la puce NFC comme lecteur de puce RFID. Il suffirait de plaquer chaque document successivement contre le smartphone quelques secondes pour procéder au prêt. C'est un geste qui risque, par ailleurs, de devenir de plus en plus naturel, avec le développement du paiement sans contact.


    Cette modalité de prêt pose de nombreuses questions. Tout d'abord, pour la première fois elle ne dépend pas que des compétences de l'usager mais de son équipement technologique personnel. Ensuite, elle requiert un très grand-nombre de métadonnées qu'il serait difficile de lister de manière exhaustive, soulevant ainsi la question de l'usage de ces métadonnées et au-delà des traces numériques inhérentes à l'utilisation de ces technologies respectives utilisées simultanément (que la RGPD encadre).



    Votre numéro de carte est votre clé privée

    Une autre perspective technologique s'annonce au lointain horizon des -thèques mais c'est la question de son coût qui se pose en premier lieu, c'est la technologie blockchain. Nous ne sommes qu'aux prémices de cette technologie dite des chaines de blocs, rendue mondialement célèbre par la crypto-monnaie Bitcoin. Son application monétaire est loin d'être son seul usage. De très nombreuses innovations se basent sur cette technologie et d'autres émergeront dans les prochaines années. A contrario au prêt NFC seul, la blockchain est un rempart puissant pour protéger l'usager et ses usages en utilisant une technologie de cryptage éprouvée. Sa mise en place nécessite beaucoup de ressources informatiques, ce qui représente un coût non négligeable.


    *Prendre une bonne inspiration … et souffler lentement pour atteindre l'esprit zen*


    En quoi la blockchain peut intéresser la -thèque ? Hormis protéger les données personnelles des usagers, c'est une technologie qui permet d'assurer la fiabilité des transactions entre deux acteurs offrant ainsi une traçabilité "parfaite". Si elle se base sur le modèle des "smart contracts", elle permet de distribuer des jetons dans les bonnes catégories pour assurer un suivi statistique optimal.


    *Un petit hamburger ?*



    Et avec ceci ?

    Sur une note plus légère, en guise de bonus, voici prêt "fastfood" (ou plutôt "fastbook"). Les -thèques américaines ne cesseront jamais de nous … "surprendre". Depuis une petite dizaine d'années plusieurs -thèques outre-atlantique ont opté pour le prêt de documents depuis un "Drive" (comprenez "service au volant") sans que l'usager n'ait besoin de sortir de sa voiture. Le -thécaire tend à l'usager la commande de documents par une fenêtre. L'une des plus connues trouve à Arlington au Sud-Ouest de Washington, en Virginie. C'est, peut-être dans cette configuration que nous pouvons nous demander si ce n'est finalement pas là que le -thécaire devient un automate en préparant la commande tel un robot. Espérons que les "clients" soient plus cléments, si jamais les -thécaires oublient " a little book".


    L'avenir des -thèques françaises se marquera par l'éventail des possibilités de prêt tout en conservant le souci permanent de ne léser aucun usager en fonction de ses connaissances et de ses compétentes pour effectuer des transactions documentaires.

    Photo de theke theke
    Article rédigé par theke

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